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RENCONTRE
AVEC FLAVIEN PIERSON
TUTTI
MAGAZINE a interrogé Flavien PIERSON,
directeur du label Intégral Classic et d'Intégral
Distribution,
au sujet de la sortie en CD
des Inestimables Chroniques du Bon Géant Gargantua,
de Jean Françaix.
TUTTI
Magazine :
Pourquoi cet attachement aux
Inestimables Chroniques du Bon géant
Gargantua ?
Flavien
PIERSON :
J'ai toujours aimé la musique de Jean Françaix,
un compositeur que la France
a trop sous-estimé. Je l'ai rencontré à la
fin d'un concert dans les années quatre-vingts
et il m'a parlé de son Gargantua. Il se trouve que
j'adore Rabelais
et que je me sens lié tant à cette uvre pour
orchestre de chambre et récitant
qu'à son compositeur. Cet enregistrement, pour des raisons
personnelles,
était important
La
version enregistrée par Jean Piat ne vous satisfaisait-elle
pas ?
Effectivement, il existe un très bon enregistrement réalisé
en 1972
avec l'Ensemble instrumental Andrée Colson. Le disque est
bien sûr épuisé.
Lorsque j'ai tenté de racheter les droits à l'Ensemble
pour le rééditer,
j'ai obtenu une violente fin de non-recevoir teintée de problèmes
de personnes
que je me garderais bien de vouloir approfondir. J'ai donc pensé
à un nouvel enregistrement et le nom de Gabriel Bacquier,
que je connaissais,
s'est imposé à moi. Jean Françaix était
ravi car, pour lui,
Bacquier représentait le meilleur baryton français.
Il appréhendait du reste de le rencontrer

Vous
êtes à l'origine de cette rencontre
J'ai organisé un déjeuner chez Jean Françaix.
Le courant est tout de suite passé
entre Bacquier et lui. Nous avons même enregistré plusieurs
mélodies
qui n'ont jamais été éditées. Il était
surprenant de voir Jean Françaix, à plus de 80 ans,
en admiration devant Bacquier qui, avec naturel, la jouait plutôt
"star".
Quelles
ont été les diverses étapes pour arriver à
la concrétisation du disque ?
J'ai mis plusieurs années à trouver un orchestre.
Gargantua est une pièce très difficile
à jouer, les départs de voix sont écrits avec
énormément de précision par Jean Françaix,
et la musique est tout sauf simple. Seuls des musiciens confirmés
peuvent s'y atteler. Finalement, l'Orchestre d'Auvergne s'est
montré intéressé et,
deux ans après un premier contact, onze musiciens ont enregistré
ce Gargantua.
Parlez-nous
de cet enregistrement à Vichy
L'Opéra de Vichy bénéficie d'une acoustique
merveilleuse. Nous voulions, de plus,
profiter de ce beau cadre pour filmer l'enregistrement avec Gabriel
Bacquier
en vue d'un possible DVD. Trois caméras étaient là
dans ce but.
Mais l'association avec le chef d'orchestre Arie van Beek
n'a pas été idéale.
Nous avions d'un côté des musiciens très professionnels
et de l'autre un comédien jovial
en roue libre. Nous avons finalement choisi d'enregistrer et de
filmer
l'Orchestre d'Auvergne seul à Vichy, et la voix de Gabriel
Bacquier plus tard à Paris.
Une
version allemande ne doit-elle pas sortir
avec la voix de Dietrich Fisher-Diskau ?
C'est au départ une idée de Marguerite Dütschler-Huber,
la créatrice du label suisse
Claves Records. Il se trouve que Jean Françaix avait
écrit conjointement
une version allemande du texte. Gargantua est du reste bien plus
populaire en Allemagne. Marguerite a fait le lien avec Fisher-Diskau
dont la voix a été finalement enregistrée.
Tout s'est déroulé rapidement, sa voix se plaçait
avec précision sur la musique
et en trois heures de temps, c'était dans la boîte.

On
a du mal à imaginer Fisher-Diskau dire le texte de Rabelais...
Je dois avouer que je me posais moi-même le problème
des passages assez grivois
et me demandais comment il allait les jouer. Nous nous sommes retrouvés
au studio Teldex de Berlin. Il était accompagné de
son épouse Julia Varady,
une personne très agréable. Fisher-Diskau, casque
sur les oreilles pour entendre
la musique, partition sous les yeux, verre d'eau, thermos de café
et banane à proximité,
a lu le texte entier deux fois. La préparation qu'il avait
accomplie seul chez lui
était évidente : tout était calé au
soupir près. Son interprétation est, bien sûr,
moins excentrique que celle de Bacquier mais l'humour est bien au
rendez-vous.
Tout juste Fisher-Diskau a-t-il demandé quelques menus changements
de mots
un peu trop crus qu'il préférait remplacer par d'autres,
plus proches de sa personnalité.
Le disque allemand devrait sortir en 2010.
Avez-vous
également filmé Dietrich Fisher-Diskau ?
L'idée ne l'emballait pas. Il craignait d'être gêné
par les techniciens et les caméras.
Mais nous avons pu tout de même recueillir discrètement
quelques images
à travers la vitre du studio.

Le
livret du CD et le clip vidéo en bonus présentent
de nombreux dessins.
D'où proviennent-ils ?.
L'idée d'utiliser les talents d'un dessinateur s'est imposée
après divers essais
de montage vidéo traditionnels non concluants. Quinze planches
de format A4
ont ainsi été réalisées par Isaac
Wens à la gouache pour ce projet.
Nous les avons bien sûr utilisées pour le petit montage
vidéo
qui figure sur la plage CD-ROM du disque, parfois en cadrant sur
un détail de dessin.
Ce clip donne une idée de ce que pourrait être un DVD
de l'uvre complète.
Pouvez-vous
nous en dire plus sur ce projet de DVD ?
Avec le dessinateur, nous pourrions montrer la création des
personnages de Gargantua
parallèlement à l'avancée de l'histoire. La
main du dessinateur en train de croquer,
les personnages finalisés, les dessins, des instantanés
de l'orchestre
ou des gros plans sur les instruments et le récitant nous
permettraient de façonner
un montage dynamique. Le parallèle entre le dessin, l'histoire
et la musique serait un axe
intéressant à exploiter. Comme le sous-titrage en
plusieurs langues,
qui permettrait une distribution bien plus large. Les plans avec
Dietrich Fisher-Diskau
constitueraient un bonus. Mais nous pouvons aussi attendre l'enregistrement
d'une version japonaise que nous pensons faire avec un acteur de
kabuki
avant de nous lancer dans ce DVD qui serait le 1er
sous le label Intégral Classic.
D'autres versions en d'autres langues pourraient d'ailleurs suivre
en CD.
Nous y travaillons
Propos
recueillis par Philippe Banel
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