JAZZ HOT - Décembre 2006
Interview de Gerhard LIEFLÄNDER, directeur de TDK pour l'Europe, par Hélène SPORTIS


TDK a été fondée en 1935 à Tokyo sous le nom de Tokyo Denki Kagaku Kogyo K.K. pour commercialiser le ferrite (céramique magnétique composée d'oxydes binaires de métaux tels que le nickel, le manganèse, le zinc, le magnésium et le cuivre), un matériau-clef pour les systèmes électroniques et magnétiques. Les composants électroniques TDK se trouvent de façon invisible dans un grand nombre de produits tels que la TV, les enregistreurs DVD, les voitures : la clientèle est donc très large. La centrale européenne pour les ventes et le marketing est située à Ratingen, près de Düsseldorf, en Allemagne. Actuellement, notre gamme comprend des composants électroniques, des réseaux d'information sans fil, des têtes magnétiques high density disc (HDD) ainsi que des supports d'enregistrement, cassettes audio et vidéo magnétiques-analogiques, aujourd'hui surtout numériques comme les CDs et les DVDs.

Chez TDK, je suis chargé du « petit » département Musique : TDK MusicSoftware, qui comprend cinq personnes. Nous focalisons surtout sur le classique (opéras, ballets, concerts) et le jazz. Ma musique de prédilection est l'opéra.

Nos premières sorties datent de 1999 avec Claudio ABBADO pour Italian Night, extraits d'opéras de VERDI, ROSSINI et BELLINI, et Daniel BARENBOIM pour des œuvres de RAVEL, MOZART et BEETHOVEN. Le jazz et la musique classique ont beaucoup de points communs, ils sont souvent diffusés par les mêmes radios, les revues de musique traitent des deux et ils sont dans les mêmes points de vente. Au début, nous avons acquis les droits pour des titres du Modern Jazz Quartet, Dave HOLLAND, Al di MEOLA, Larry CORYELL et Biréli LAGRENE. Les droits sont un sujet très sensible. Beaucoup de contrats sont conclus poour un enregistrement live avec de simples signatures, puis il y a des contentieux avec les artistes, leurs agents et avocats. La clause "Name & Likeness" (autorisation donnée par l'artiste au producteur d'utiliser et traiter une production définie œ voix, image, nom de l'artiste œ comme il le décide) est de plus en plus utilisée aux États-Unis, car les procédures juridiques sont coûteuses en temps, en énergie et en argent ; nous avons parfois dû retirer des produits des rayons...

Malgré cela, nous tirons un bilan assez positif de notre expérience, notamment avec la série Jazz Icons. Il ne faut jamais oublier que le jazz, comme le classique, sont des niches et représentent rarement de grands volumes. Jazz Icons est née du hasard et de la faillite d'un détenteur de titres pop qui nous a mis en rapport avec la société Reelin'in the Years qui nous a permis de découvrir la série Jazz Icons.

Ce qui est intéressant, en plus de la qualité des artistes et de leur musique, c'est que cette série n'a jamais vu le jour sous forme audiovisuelle. Nos partenaires sur le projet sont Reelin'in the Years, propriétaire des droits d'enregistrement – dont David PECK, le président, nous a convaincus de la valeur de cette série et a largement contribué à sa réalisation –, les propriétaires de droits ou les artistes eux-mêmes quand ils sont encore en vie. Nous travaillons davantage selon une logique d'opportunités car nous recherchons des produits de haut niveau, comme des enregistrements en festivals ou des images d'archives d'artistes mondialement connus : par définition, ces produits sont rares et donc on ne peut pas tout planifier. La chance fait partie du jeu. Nous voulons poursuivre dans cette voie, car le médiocre ne nous intéresse pas...

Notre clientèle se compose d'abord de vrais amateurs de jazz mais aussi de ceux, jeunes et âgés, qui apprécient le jazz classique et les grands artistes des années 50 et 60. Le jazz représente en général 6 à 10 % de notre chiffre d'affaires, mais avec Jazz Icons nous pensons nous situer entre 12 et 15 %. Les ventes de jazz aux États-Unis sont poour nous peu importantes car, pour les premiers titres, nous n'avions qu'une licence pour l'Europe. En France et en Europe, la part du jazz est un peu supérieure à 8 % ; depuis septembre 2006, nous avons atteint 22 % avec les premières ventes de Jazz Icons. Il nous faut maintenant attendre la fin de l'année pour avoir une idée plus précise de l'impact de cette série sur nos résultats.

Au niveau mondial, nos meilleures ventes sont sur les États-Unis, ce qui n'étonnera personne, et en Europe : la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne sont en tête...

 

Gerhard LIEFLÄNDER
 
 
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