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Il
est des musiques faites de chair et de sang qui vous touchent en
plein cur et fouaillent vos entrailles. Des musiques humaines...
trop humaines qui, telles de la lave en fusion, mettent vos sens
en ébullition et que seule lépure de leurs formes,
lélégance de leur style, lévidence
de leur discours permettent de fréquenter. Car on ne peut
impunément sapprocher trop près dun volcan
en éruption au rique de sy consumer. Lon ne peut
en effet se «remettre» (sabandonner) au
feu de Dyonisos quavec la distance requise par Apollon !
La musique de Lucien Guérinel est à cette aune :
sa rigueur décriture canalise lémotion
à fleur de notes qui lanime.
Cette musique donc, qui vous étreint, qui vous enlace à
bras le corps, qui vous éblouit par ses fulgurances, qui
vous brûle par ses cris de rage ou de désespoir (les
chants les plus beaux ne sont-ils pas désespérés?),
touche au plus profond par le cur qui sy dénude.
Car cette musique vous parle les yeux dans les yeux... de vous,
bien entendu, mais aussi du monde dont elle se fait lécho.
Elle est celle dun homme, debout, qui refuse les compromissions,
les modes et les idéologies désireuses dhégémonie,
celle dun homme libre pour qui lhonnêteté
(celle du créateur face à la création nétant
pas des moindres), lengagement et la vérité
ne supportent aucune altération. Pas étonnant que
cette musique vous cingle comme le vent du large, vous questionne
en vous renvoyant à vous-même...
« Lucien
Guérinel a le génie des titres Ainsi, son Trio
n° 1 ne fait, d'un mouvement a un autre, que s'améliorer.
Si le premier mouvement semble encore pâteux, peut-être
joué ou conçu trop lent, le second porte
bien son nom, « En silencieux tumulte »,
avec son agitation fine, ciselée. Enfin et surtout, le troisième,
lent, fascinant, voire hypnotisant, illustre exactement son titre
fabuleusement choisi pour lui « Clarté
de songe ». Les tenues de cordes sont alors comme
d'apocalyptiques évidences venant a l'esprit du dormeur.
On dirait que le compositeur et dès lors les
interprêtes - ne sont jamais meilleurs que dans
les mouvements appesantis, chargés d'un programme subtil,
mystérieux, éventuellement
triste. Le pianiste, quant a lui, domine tous les mouvements.
La lenteur, au sein de ses neuf mouvements, sied encore le mieux
au Trio n° 2, à « Voix perdues »
ainsi qu'a « Such a stuff » II s'agit à
nouveau de plongées dans d'étranges abîmes.
La robuste Suite en quatre se bâtit d'idées
simples, formellement claires. Le premier mouvement compare les
arpèges de cordes à vide d'un a ceux, plus complexes,
de l'autre c'est fin. À
l'évidence, Guérinel connaît les mouvements
lents. II sait quoi y dire. » Jacques
AMBLARD (Le Monde de la Musique).
Programme
du CD :
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